jeudi 20 décembre 2012

Échos


Simon entra par la porte arrière de sa nouvelle maison. Il sentait le léger frottement de la queue de Romy sur son tibia gauche. Simon essayait de parler avec une voix calme pour rassurer son chien, mais il savait bien que Romy était simplement excité par l’exploration à venir et que c’était sa propre angoisse qu’il tentait de contenir.
Sa main droite trouva le cadre de la porte ; la tiédeur du bois était douce et apaisante sous ses doigts crispés. Emplissant ses poumons de l’air poussiéreux et légèrement âcre qui stagnait à l’intérieur, Simon enfonça les pieds dans le tapis moelleux de l’entrée.
Ils avancèrent de quelques pas et l’écho de ses propres chaussures sur la céramique lui révéla que la maison était encore sensiblement vide. Il entendait distinctement le cliquetis familier des griffes de Romy et ses halètements perdus en échos.

Mon château


Le magnifique escalier s’élève à l’infini devant moi, lisse et lumineux sous les rayons du soleil enchanteur. La brise fait danser mes doux cheveux au même rythme que les drapeaux multicolores attachés aux tours du château.
Mon château : gigantesque, mignon, parfait.
Je grimpe les marches une à une, lentement, pour ne pas perdre pied à cause de ma longue robe. Je traverse les portes et c’est un tout nouveau monde qui s’offre à moi. Le hall d’entrée est immense, de nombreuses peintures, réels chefs-d’œuvre, sont suspendues aux murs, entre d’impressionnantes statues, toutes plus grandes que moi.
Face à l’entrée,  un vitrail géant aux décorations détaillées laisse entrer un arc-en-ciel de lumière qui tourbillonne sur le sol et danse sous mes orteils.
Je m’avance au bord de la fenêtre et en bas de l’arbre, je vois mon père qui agite les mains, son marteau flamboyant bien accroché à la ceinture. À ses pieds se trouvent les retailles de la construction qui fait maintenant sa fierté et celle de tout le royaume.

dimanche 27 novembre 2011

Écosystème

Je suis avant tout étudiante. Quand on me demande ce que je fais dans la vie, je réponds que j’étudie au collège François-Xavier Garneau. Pas d’hésitation. J’adore mon programme et j’y consacre le plus clair de mon temps.
Pourtant, mon travail de caissière dans une épicerie se révèle également être une intarissable source d’apprentissages et de discussions échevelées.
Plastique ou papier? MacDonald ou PeterJackson? Vingt ou vingt-cinq? Régulier ou king size? Bleu, rouge ou vert?  Avec des allumettes ou peut-être un briquet? Un petit ou un gros? Une couleur de préférence? Oui, il y a des taxes sur les briquets. Non, je ne mettrai pas le pain dans le fond de votre sac. Merci, bonne journée! Ouf.
On s’habitue aux douze questions que l’on doit poser, on apprend aussi les trente questions et commentaires que les clients font, souvent beaucoup moins originaux qu’ils aiment le croire. Je souris quand même, mesurant l’intensité plus ou moins positive de ma réception par rapport à la candeur et la bonhomie de la personne de l’autre côté de ma caisse.
On apprend à connaître les clients réguliers. Le grand sportif ne prendra pas de sacs. Le roux au visage pointu et le gérant du restaurant en-dessous n’ont pas la carte fidélité. Le vieux cycliste au manteau bleu prendra les résultats de Banco et de la Quotidienne ; il demandera de doubler ses sacs. La dame avec son poncho coloré paiera ses achats en plusieurs factures. Le maigrichon qui louche a laissé une douzaine de bouteilles de bière vides sur le comptoir pour ensuite soustraire le 1,20$ de sa prochaine caisse. La vieille dame achètera son journal Le Soleil avec la monnaie exacte et ne gardera pas la facture.
L’octogénaire qui vient à l’épicerie à tous les matins (tous!) est un phénomène de bonne humeur. Impossible de ne pas sourire à pleines dents ou de ne pas rire à ses histoires farfelues. Parfois il parle de femmes, rien de réellement déplacé, on est juste surpris parce qu’il est à peine 8h15. Il est certainement la personne la plus sociable et qui croit le plus à la force, l’intelligence et la beauté de la jeunesse. Il souhaite à chacun la plus belle des journées et le meilleur succès à son travail ou dans ses études. Il crée autant de bonne humeur en quinze minutes que moi en toute une journée.
L’itinérant barbu vient également à l’épicerie presqu’à tous les matins. Les machines engloutissent sagement ses bouteilles de plastiques et ses canettes. Il compte méticuleusement toutes ses bouteilles de vitre et les place bien en ordre dans un panier. Et il sait compter, contrairement à bien d’autres clients. Je lui offre le sourire le plus sincère que je peux pour essayer de lui communiquer un peu de joie et de sympathie, mais je me sens hypocrite en même temps. J’ai un emploi et les mains douces. Pas lui.
Quand on travaille dans une épicerie, on rencontre toutes sortes de gens, certains vous renvoient votre sourire avec une bonne humeur impressionnante, alors que d’autres ne prennent même pas la peine de dire bonjour et vous lancent des ordres, comme si vous n’étiez que la machine qui émet des 6/49. On apprend à être patient et à gérer quatre clients à la fois (parce que des fois, c’est vraiment de la gestion). On se fait des amis parmi les employés, certains vous enragent ou sont seulement exaspérants. On fait des concours pour tester ses connaissances sur les codes de fruits et de légumes.
Dans une épicerie, on voit passer les gens, on connait une bribe infime de leur vie, de leurs habitudes, on est dans un minuscule écosystème où chacun dépend de la bonne volonté de l’autre.

dimanche 20 novembre 2011

La frénésie

Depuis quelques jours, j’ai hâte à Noël. Difficile de dire si c’est à cause de la perspective de la réunion de famille, du festin, des cadeaux ou bien plutôt en raison de la corrélation que je vois entre Noël et fin de session. Probablement un peu de tout ça.
Je crois aussi que je commence de plus en plus tôt à espérer Noël, probablement parce que le 2 novembre, dans l’épicerie dans laquelle je travaille, les bonbons d’Halloween ont judicieusement été remplacés par les gâteaux aux fruits et par les innombrables boîtes de chocolat fancy qu’on mange uniquement dans le temps des fêtes. Un classique.
Les poinsettias suspendus au plafond, dans les présentoirs à pains, les sapins dignes d’une classe de troisième année se balançant au vent qui s’engouffre par les portes automatiques et les banderoles dorées, rouges ou argentées qui flottent et se tortillent un peu partout deviennent une sorte de message subliminal constant qui nous enfonce dans le cerveau que Noël arrive. Noël pointe son gros nez rouge avec ses froufrous, ses casse-têtes, ses bouteilles de vin, ses planifications, ses papiers d’emballages et ses dépenses folles (mais ô combien agréables).
J’aime Noël : on mange trop, on parle fort.
Ma sœur m’a appelée environ une semaine après l’installation des guirlandes commerciales pour me parler de cadeaux. Coup de pelle en plein visage : «ah oui, j’étais pas encore rendue là!»
Mon cerveau n’avait toujours pas assimilé que les jours se bousculeraient pour permettre au 24 décembre d’arriver le plus vite possible. Un hiatus s’imposait pour que mon esprit passe d’une fête à l’autre sans perturbations. J’avais eu deux jours de rémission transitoire.
Ma mère faisait (et fait toujours) son sapin deux semaines avant Noël, la première neige est tombée depuis longtemps et tous les foulards, tuques, mitaines, bottes, bandeaux et autres accessoires en laines sont sortis du garde-robe de cèdre depuis des jours, sinon des semaines.
L’odeur de sapin a quelque chose de magique qu’il serait sacrilège d’étirer sur deux mois.  
Heureusement, dans ma condition d’étudiante en collocation, je n’ai pas de télévision pour me rabrouer les nécessités frivoles qu’impose le temps des fêtes. On n’essaie pas de me convaincre que LE cadeau sans lequel je ne passerai pas de joyeuses fêtes est la toute dernière télévision qui fait X pouces de largeur (je ne tiens plus le compte). Je n’espèrerai pas que mes parents achètent une sorte précise de bûche de Noël parce que c’est Joël Legendre qui l’a vantée avec un tricot rayé sur le dos.
Attention! Dans quinze jours, les publicités de SuperFitness et de régimes minceur révolutionnaires déboulerons sur les petits écrans et dans les rues, assaillant de remords celles et ceux qui savent déjà qu’ils succomberont à la tentation des pâtés à la viande délicieusement trop salés et trop gras.
Comme à chaque année, je ferai partie de ceux qui s’empiffrent un peu trop, mais je serai aussi de ces gens qui aiment Noël pour les joues légèrement rougies par l’alcool, les fous rires en famille, la tranquillité d’esprit qui accompagne ces quelques jours de congé et l’échantillon de photos compromettantes que mes amis se feront un plaisir de me rappeler.

lundi 14 novembre 2011

Huit ans

Depuis quelques jours, je lis un roman québécois, La petite et le vieux, publié tout récemment. C’est un beau petit livre qui nous transporte dans la vie d’une fillette de huit ans qui habite dans Limoilou, issue d’une famille de classe moyenne et pleine de rêve et d’aspirations grandioses – sinon farfelues.
Je ne viens pas de la ville et je n’ai jamais connu tous mes voisins ou toutes les rues de mon quartier. Mais j’ai déjà eu huit ans et j’avais de nombreuses rêveries en commun avec la petite Hélène du livre. Je souhaitais devenir un grand personnage de récit d’aventure, je voulais explorer de plus grands horizons, avoir des animaux, mais surtout, j’espérais alléger les petits malheurs quotidiens de mes parents.
À huit ans, on ne comprend pas très bien pourquoi notre père est irritable quand il revient du travail alors que la noirceur est installée depuis un bon moment et que l’hiver l’a harcelé toute la journée aux détours de la route qu’il parcourt inlassablement. Non, quand on a huit ans, le monde ne va pas au-delà de son école primaire, on n’arrive pas à concevoir tous les aspects de la vie d’adulte, de parent.
J’avais huit ans, j’essayais de faire sourire mes parents comme je pouvais, même si mes tentatives n’étaient pas toujours fructueuses. Je ne comprenais pas et ça m’attristait dans mon cœur de petite fille.
Maintenant je n’ai plus huit ans, j’en ai dix-huit. Un maigre avancement dans l’espace inimaginable du temps, mais un bon immense dans ma perception de la vie. Je sais ce qu’est une longue journée et de n’avoir envie de parler à personne. Je comprends en plus grande partie mes parents. Je conçois un peu mieux les sacrifices qu’ils ont dû faire et l’énergie que nous continuons à leur prendre, mes sœurs, mon frère et moi.
Ils s’inquiètent pour nous ; on s’inquiète pour eux. Mais on est orgueilleux, on n’est pas assez extravertis pour leur dire à quel point on tient à eux, à quel point on les aime. À huit ans, c’était plus facile : deux becs avant d’aller dormir et tout notre amour parvenait à passer par ce geste pas si anodin.
Maintenant que j’ai également le statut d’adulte, mes becs sont ceux d’une visiteuse lorsque je retourne les voir ou lorsque je les accueille dans mon petit appartement. C’est plus difficile de montrer son attachement et sa gratitude quand on est jeune adulte, on en est pourtant beaucoup plus conscient. On commence à vouloir redonner ce qu’on a reçu avec tant d’amour, mais on ne sait pas comment faire, parce qu’on n’a pas l’impression d’avoir plus de ressources que lorsqu’on avait huit ans.
On continue à rêver de grandeur, mais cette fois, les aspirations ne sont plus seulement pour nous, on veut aussi gâter ceux qui nous ont gâtés.
Je voudrais offrir à ma mère un voyage en Amazonie pour qu’elle puisse observer des dizaines de plantes et d’oiseaux; je voudrais offrir à mon père une virée «bouffe et football» aux États-Unis. Je voudrais leur offrir une grande maison et un grand terrain dont ils n’auraient pas à s’occuper, une voiture et une moto neuves, des bouteilles de vins onéreuses, mais surtout une tranquillité que nous ne semblons pas leur avoir donné depuis qu’ils sont parents.
Mais j’ai dix-huit ans : c’est encore eux qui me donnent des betteraves en conserves et des outils pour installer des tablettes sur mes murs tragiquement minces.
À vingt-huit ans, peut-être.

lundi 7 novembre 2011

Les clients

Au début de l’automne, je faisais mon travail de caissière comme à l’habitude dans une épicerie lorsqu’une vieille dame m’a fait remarquer qu’il y avait très peu de clients cette journée-là. En effet, répondis-je. Les gens devaient avoir peur de la pluie ; j’avais dû moi-même rassembler tout mon courage ce matin-là pour me rendre au boulot.  
Cette anecdote ne m’amène pas à parler de la météo, loin de là, mais plutôt de l’étrange relation qu’il y a entre les employés du domaine du service et leurs clients.
Après tout, pourquoi parler de météo? Qu’y a-t-il de si passionnant à décrire comment le vent est froid, cinglant, déchirant, glacial, bruyant, mordant, pénétrant, perçant, sec, vif, saisissant ou encore chaud, doux, calme, délicat, fugace, brûlant, léger, rafraîchissant, vivifiant, dégourdissant, silencieux. Pourquoi existe-t-il autant et certainement plus de qualificatifs pour désigner le vent? 
Je suis certaine qu’on pourrait en énumérer aussi longuement sur la neige, la pluie et le soleil, mais je ne suis pas là pour ça et vous en connaissez déjà une très bonne partie.
La dame m’a donc avoué qu’elle adorait la pluie et que c’était tant mieux si ça lui permettait en plus de se déplacer plus aisément dans les allées de l’épicerie.  
Eh bien, avec toutes ces fois où j'ai vu les personnes âgées deux fois plus habillées que les jeunes adultes, ça m’a bien surprise. Après tout, il n’y a que dans les films qu’on aime s’embrasser sous la pluie.
Il est quand même étrange que la seule chose à laquelle on pense à parler avec des inconnus (ou bien des clients dont on connait exactement quelle sorte de cigarettes ils s’entêtent à acheter à chaque jour, mais dont on ne connait même pas le prénom) soit la température qu’il a fait hier, qu’il fait aujourd’hui et qu’il fera demain ainsi que dans les dix jours à venir.
C’est un sujet universel. Pourquoi ne pas parler de chats, de trafic, du gros qui nous marche au-dessus de la tête, de chocolat, de la naissance d’un enfant,  de Céline qui fait une énième entrevue sur les joies d’être mère (ah non, tout est dit sur ce sujet dans les quatre magazines présentés devant la caisse), du dernier film de zombies avec la si jolie Mila? Non?
Je peux bien comprendre que la météo a une plus grande influence sur le quotidien de certaines personnes. Les gens qui travaillent sur la route, qui sortent de leur camion, de leur voiture de livraison toutes les trente minutes. Les facteurs (ceux qui font tout à pieds, pas les autres au chaud dans leur voiture), les éboueurs, les travailleurs de la construction, les ramasseurs de bouteilles de bières vides, les techniciens en aménagement paysager et tous les autres que j’oublie.
Et mon petit cœur d’étudiante qui affronte les remous de la température toute l’année scolaire à raison d’une heure par jour se permet de temps à autres de passer un commentaire très justifié sur la météo.
Une tuque et un foulard, c’est important. La pluie, c’est chiant uniquement lorsqu’il vente en même temps. Porter des lunettes l’hiver, c’est problématique. Avoir les pieds trempés, c’est l’horreur. On crève de chaleur dans son manteau en plein hiver lorsqu’on marche longtemps. Les clients de l’épicerie ont parfois la morve au nez, leur argent qui traînait dans leur poche est tout humide, c’est profondément déplaisant.
Mais je ne le dis pas, ou très peu. Je n’aime pas que les autres le disent.
Parler de météo, c’est futile, inutile et une perte de temps, c’est pourquoi je choisis de parler de mes clients, qui sont, ma foi, une source inépuisable de commentaires et d’étude sociale.
Je les préfère l’été, ils sont plus heureux.  

lundi 31 octobre 2011

La petite Mosquée de Ste-Foy

Il y a plusieurs jours, l’enseignant de mon cours sur le multiculturalisme nous a informé qu’une visite à la Mosquée du chemin Ste-Foy était prévue pour la semaine suivante.
Ah bon? Eh bien, je n’y serais jamais allée de ma propre initiative, mais pourquoi pas! J’étais surprise, mais plutôt enthousiaste.
« Par contre les filles, vous devrez probablement vous couvrir les cheveux, comme l’ont fait mes élèves de l’année dernière.»
Ma première réaction a été de penser à la blague ; non ça n’était pas possible qu’on nous demande réellement cela. Mais à voir le sérieux et le petit malaise de mon professeur, j’ai vite compris qu’il ne rigolait pas du tout.
Quoi? Me voiler la tête pour visiter une Mosquée? Mes grand-mères avaient-elles vraiment arraché leurs soutiens-gorges pour que j’aille cacher ma féminité dans un établissement dont je ne partageais pas les valeurs? La féministe en moi bouillonnait, il n’était pas question que je me rabaisse à ce point!
Mon professeur, dans sa diplomatie et son expérience, nous a conseillé de voir ça comme une expérience, que ça ne nous engageait absolument à rien. Ça jasait dans la classe.
«Mais pourquoi le voile seulement pour les filles et pas les gars?»
Je ne soulèverai pas ici l’absurdité du commentaire de cette jeune fille. Qu’elle sorte de chez elle ou regarde les nouvelles, une bonne fois.
La semaine a été longue à ruminer et à essayer de tempérer mon indignation, mais j’ai fini par trouver un peu de bonne volonté dans mes poches, derrière ma carte Opus, juste avant de monter dans l’autobus de ville qui m’amenait à la Mosquée.
Il faisait froid, c’était un supplice de retirer mon foulard de mon cou pour le placer de peine et de misère autour de mes cheveux, et pas question de s’exécuter à l’intérieur.
Un bonhomme en chandail de laine nous a accueillis avec un grand sourire et nous a entraînés à l’intérieur de la bâtisse simpliste et impressionnante par son épuration, où nous devions impérativement retirer nos chaussures.
Nous avons visité un peu, nous posions quelques questions, en mesurant bien les mots utilisés. Le professeur nous avait bien demandé de rester poli.
À 15h30, la prière de l’après-midi. Avec l’Imam, notre hôte s’est agenouillé puis incliné pendant cinq minutes devant nous. Puis nous sommes montés à la salle de prière des femmes pour une petite présentation PowerPoint. Oui oui, PowerPoint.  
Il y avait des gâteaux et du jus. Des blagues.
L’Imam s’adressait à nous dans un français hésitant afin de compléter les propos de notre présentateur. Un Québécois converti à l’Islam avec son épouse marocaine étaient également présents et ont raconté leur histoire et leurs liens avec leur religion. J’aurais aimé avoir une conversation avec la femme, qui racontait avoir commencé à porter le voile de son plein gré, à peine depuis un an.
Je n’imagine pas à quel point ils se sentaient jugés par la foule d’étudiants curieux que nous étions, mais j’ose croire que nous avons eu un comportement exemplaire. Des questions critiques, mais polies et bien tournées. Les réponses étaient tout aussi honnêtes et présentées joliment.
La rencontre a réellement été édifiante.
Évidemment qu’ils condamnent les attentats du 11 septembre, qu’ils ne souhaitent pas changer la face du Québec ou nous convertir un à un.
Bien sûr, je ne suis toujours pas en accord avec la plupart de leurs valeurs religieuses, mais je respecte totalement les personnes qu’ils sont. Je comprends mieux le fléau que représentent les généralisations et les préjugés pour les minorités. Ils peuvent tout aussi bien avoir des jugements sévères à notre égard, trouver que nous sommes hautains, hostiles et fermés, mais qui pourrait les blâmer? Ils sont humains.  
Chacun de leurs comportements, de leurs habitudes ou de leurs traditions qui a été abordé a reçu une réponse claire et justifiée, pas d’ambiguïté.
Mais on n’a pas parlé de jambon.