Au début de l’automne, je faisais mon travail de caissière comme à l’habitude dans une épicerie lorsqu’une vieille dame m’a fait remarquer qu’il y avait très peu de clients cette journée-là. En effet, répondis-je. Les gens devaient avoir peur de la pluie ; j’avais dû moi-même rassembler tout mon courage ce matin-là pour me rendre au boulot.
Cette anecdote ne m’amène pas à parler de la météo, loin de là, mais plutôt de l’étrange relation qu’il y a entre les employés du domaine du service et leurs clients.
Après tout, pourquoi parler de météo? Qu’y a-t-il de si passionnant à décrire comment le vent est froid, cinglant, déchirant, glacial, bruyant, mordant, pénétrant, perçant, sec, vif, saisissant ou encore chaud, doux, calme, délicat, fugace, brûlant, léger, rafraîchissant, vivifiant, dégourdissant, silencieux. Pourquoi existe-t-il autant et certainement plus de qualificatifs pour désigner le vent?
Je suis certaine qu’on pourrait en énumérer aussi longuement sur la neige, la pluie et le soleil, mais je ne suis pas là pour ça et vous en connaissez déjà une très bonne partie.
La dame m’a donc avoué qu’elle adorait la pluie et que c’était tant mieux si ça lui permettait en plus de se déplacer plus aisément dans les allées de l’épicerie.
Eh bien, avec toutes ces fois où j'ai vu les personnes âgées deux fois plus habillées que les jeunes adultes, ça m’a bien surprise. Après tout, il n’y a que dans les films qu’on aime s’embrasser sous la pluie.
Il est quand même étrange que la seule chose à laquelle on pense à parler avec des inconnus (ou bien des clients dont on connait exactement quelle sorte de cigarettes ils s’entêtent à acheter à chaque jour, mais dont on ne connait même pas le prénom) soit la température qu’il a fait hier, qu’il fait aujourd’hui et qu’il fera demain ainsi que dans les dix jours à venir.
C’est un sujet universel. Pourquoi ne pas parler de chats, de trafic, du gros qui nous marche au-dessus de la tête, de chocolat, de la naissance d’un enfant, de Céline qui fait une énième entrevue sur les joies d’être mère (ah non, tout est dit sur ce sujet dans les quatre magazines présentés devant la caisse), du dernier film de zombies avec la si jolie Mila? Non?
Je peux bien comprendre que la météo a une plus grande influence sur le quotidien de certaines personnes. Les gens qui travaillent sur la route, qui sortent de leur camion, de leur voiture de livraison toutes les trente minutes. Les facteurs (ceux qui font tout à pieds, pas les autres au chaud dans leur voiture), les éboueurs, les travailleurs de la construction, les ramasseurs de bouteilles de bières vides, les techniciens en aménagement paysager et tous les autres que j’oublie.
Et mon petit cœur d’étudiante qui affronte les remous de la température toute l’année scolaire à raison d’une heure par jour se permet de temps à autres de passer un commentaire très justifié sur la météo.
Une tuque et un foulard, c’est important. La pluie, c’est chiant uniquement lorsqu’il vente en même temps. Porter des lunettes l’hiver, c’est problématique. Avoir les pieds trempés, c’est l’horreur. On crève de chaleur dans son manteau en plein hiver lorsqu’on marche longtemps. Les clients de l’épicerie ont parfois la morve au nez, leur argent qui traînait dans leur poche est tout humide, c’est profondément déplaisant.
Mais je ne le dis pas, ou très peu. Je n’aime pas que les autres le disent.
Parler de météo, c’est futile, inutile et une perte de temps, c’est pourquoi je choisis de parler de mes clients, qui sont, ma foi, une source inépuisable de commentaires et d’étude sociale.
Je les préfère l’été, ils sont plus heureux.
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